Les Caractères, réflexion intemporelle sur la nature humaine
Dissertation : Les Caractères, réflexion intemporelle sur la nature humaine. Recherche parmi 302 000+ dissertationsPar MAENA.LUPION • 20 Mars 2025 • Dissertation • 4 422 Mots (18 Pages) • 13 Vues
Lupion Maéna 1ere 3
DISSERTATION
Jean de La Bruyère, écrivain et moraliste français du XVIIe siècle publie en 1687 soit après 17 ans de travail son ouvrage qui fut un succès immédiat, Les Caractères, qu’il présente sous la forme de portraits et de réflexions sur les mœurs de son temps. Les livres V à X, en particulier, offrent une analyse détaillés des comportements humains et des travers de la société de son époque, tout en résonnant avec des problématiques universelles. Cette analyse soulève la question de savoir si les Caractères de La Bruyère constituent-ils plutôt la critique de son époque ou offrent-ils une réflexion intemporelle sur la nature humaine ? Pour y répondre, nous examinerons dans un premier temps le rôle de La Bruyère, comme spectateur de la société de son temps. Puis, nous étudierons la critique assidu qu’émet le moraliste. Nous terminerons alors sur la réflexion atemporelle des failles humaines.
Dans un premier temps, nous allons parler de l’observateur qu’est La Bruyère face à la société du XVIIe siècle qui décrit avec précision les individus et les structures sociales qui l'entourent. Dans Les Caractères, La Bruyère va au-delà de la simple description et donne à ses portraits une dimension vivante, presque théâtrale, en insistant sur les gestes, les expressions et les attitudes des personnages. En effet, il décrit dans son ouvrages de nombreux portraits variées, illustrant différents types sociaux de son époque. Il s'attache particulièrement aux courtisans, aux bourgeois et aux financiers, mais il n'hésite pas non plus à évoquer les intellectuels ou encore les paysans. Avec des descriptions précises de leur apparence, de leurs gestes et de leur façon de parler, il rend ses peintures vivantes et saisissantes. Il ne se contente pas d'énumérer leurs traits physiques, mais il met en avant des détails significatifs qui trahissent leur caractère profond. Par exemple, dans le portrait de Théodecte, le moraliste décrit un homme égocentrique et infatué de sois en insistant sur son comportement à table : « Il n’est pas encore assis qu’il a à son insu, désobligé toute l’assemblée. A-t-on servi, il se met le premier à table et dans la première place». En quelques phrases, La Bruyère peint un personnage dont la seule occupation est de satisfaire ses propres désirs sans se soucier des autres. La description physique du personnage passe au second plan et met en lumière une analyse fine de ses actions et de son comportement social. De plus, avec son écriture, La Bruyère ne se limite pas à des portraits figés, mais insère ses personnages dans des scènes dynamiques, semblable à du théâtre. À travers ces portraits en action, il donne vie à ses descriptions et accentue leur effet critique. Dans certains passages, il mettait en scène ses personnages comme s'ils étaient sur une scène de théâtre. Il utilise pour cela le discours met en scène : « Théodote avec un habit austère a un visage comique, et d’un homme qui entre sur la scène ; sa voix, sa démarche, son geste, son attitude accompagnent son visage». Ici, La Bruyère donne l'impression que Théodote est mis en mouvement sous les yeux du lecteur. Avec l'usage de l'énumération et de la description dynamique, il rend la peinture du personnage vivante et en pleine action. Cette phrase met en valeur le côté théâtral du portrait en employant le champ lexical du théâtre et de la mise en scène, donnant ainsi à Théodote l'apparence d'un acteur sur scène. L'œuvre de La Bruyère ne se limite pas à une série de portraits en action. Elle s'inscrit dans un cadre social et politique bien précis, celui de la monarchie absolue sous Louis XIV. L'auteur y décrit avec minutie la cour, s'interroge sur la figure du monarque et évoque les conséquences des guerres qui marquent son époque. Sous Louis XIV, la cour de Versailles est le centre du pouvoir. C'est un lieu de prestige où se concentrent les nobles, cherchant en permanence à obtenir les faveurs du roi. Il donne ainsi un aperçu de la cour, fondée sur le paraître et où chacun joue un rôle pour obtenir les faveurs du souverain : « L’on voit des gens enivrés, ensorcelés de la faveur ; ils y pensent le jour, ils y rêvent la nuit». Dans ce passage, le moraliste insiste sur cette obsession poussant ces courtisans à ne vivre que pour la reconnaissance du souverain, ajustant sans cesse leur comportement pour plaire. Il critique aussi la superficialité de cette société, où tout reposent sur les apparences. Cette notion de paraître dans l’œuvre est accompagnée de l’hypocrisie de la cour où les relations sont fondées sur le mensonge, la flatterie et l'intérêt personnel plutôt que sur la sincérité : « Je ne doute point qu’un favori, s’il a quelque force et quelque élévation, ne se trouve souvent confus et déconcerté des bassesses, des petitesses, de la flatterie, des soins superflus et des attentions frivoles de ceux qui le courent ». Avec ce passage, La Bruyère nous révèle réellement son avis sur l'hypocrisie à laquelle un favori peut être confronté. Il souligne le manque de sincérité de chacun, qui fait de l'hypocrisie presque une norme, indispensable pour avancer. Même le favori, qui est censé être puissant, est entouré de mensonges où il est difficile de discerner la vérité. En outre, si La Bruyère ne critique jamais directement le roi, sûrement par peur de la censure, cela ne l’empêche pas tout de même de s’interroger la figure du souverain les effets de son règne. Il reconnaît la grandeur et l’importance de ce dernier: « Si c’est trop de se trouver chargé d’une seule famille, si c’est assez d’avoir à répondre de soi seul, quel poids, quel accablement, que celui de tout un royaume ! ». Dans cette phrase, le moraliste souligne admirablement la lourde responsabilité que porte le souverain. Mais son regard sur la monarchie absolue n’est pas intégralement positif. A travers cette citation, La Bruyère suggère également que cette difficulté de concentrer tant de pouvoir seul en devient même absurde. Ainsi, bien que La Bruyère ne critique pas ouvertement Louis XIV, il met en lumière les aspects du pouvoir absolu et pose une réflexion plus large sur la manière dont un souverain doit gouverner selon lui. Aussi, Le règne de Louis XIV est marqué par de nombreuses guerres, souvent coûteuses et longues. Le roi et sa cour glorifient les victoires militaires : « ils ont inventé de belles règles qu’on appelle l’art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation». La vision de La Bruyère quant a elle est très différente. Il adopte une posture critique de la guerre en montrant les conséquences dramatiques de ces conflits sur le peuple. il décrit les dégâts sociaux et humains que cette dernière peut causer : « La guerre a pour elle l’antiquité ; elle a été dans tous les siècles : on l’a toujours vue remplir le monde de veuves et d’orphelins, épuiser les familles d’héritiers, et faire périr les frères à une même bataille ». Cette phrase dénonce explicitement les horreurs de guerre. La Bruyère critique donc dans son ouvrage la légèreté avec laquelle les souverains et la cour envisagent la guerre et célèbrent les conquêtes, en oubliant ceux qui en payent réellement le prix : les soldats issues du peuple qui y perdent leur vie sans reconnaissance. À travers cette dénonciation des effets de la guerre, La Bruyère ne se contente pas d'observer son époque : il propose une réflexion plus large sur la violence des hommes, qui se répètent d'un siècle à l'autre. Ainsi, à travers ses portraits et ses description , il porte un jugement et critique non seulement la société de son temps, mais soulève aussi des questions plus larges sur les travers humains, ouvrant la réflexion vers un côté intemporelle.
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