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Le Ravissement de Lol V. Stein, Marguerite Duras

Commentaire de texte : Le Ravissement de Lol V. Stein, Marguerite Duras. Recherche parmi 302 000+ dissertations

Par   •  23 Mars 2025  •  Commentaire de texte  •  1 286 Mots (6 Pages)  •  23 Vues

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TEXTE 16 – Le Ravissement de Lol V. Stein, Marguerite Duras

              Manuel p. 136-137

Pbq  proposée : Par quels procédés le « ravissement » de Lol V. Stein est-il évoqué dans ce passage du roman ?

Rappel étymologique (Dictionnaire historique de la langue française, dir. Alain Rey, 2000) :

  • Ravir > latin rapere « entraîner avec soi », « emporter violemment », « enlever par force ou par surprise », puis « voler », « piller ».
  • Le nom  ravissement est attesté à partir du XIIIème s. en français dans les sens suivants :
  1. Enlever qn de force (aujourd’hui réalisé par rapt, et, couramment, par enlèvement) (du XIIIème au XVIIème s.)
  2. A.    En mystique, à partir de 1287, le mot désigne une forme d’extase dans laquelle l’âme se sent saisir par Dieu comme par une force supérieure à laquelle ne peut résister.
  1. Ce second sens s’est répandu dans l’usage commun au sens affaibli d’ « état d’une personne transportée d’admiration, de joie » (1553)

Paradoxe du titre, car au sens premier, le ravissement est un vol ; or l’intrigue précise que ce n’est pas Lol qui a été enlevée par quelqu’un , mais son fiancé, Michael Richardson, qui lui a été ravi par Anne-Marie Stretter. Il s’agirait donc plutôt d’un ravissement de son esprit => état de folie, choc psychologique (I ? ), mais aussi d’hébétude, une sorte d’emprise à laquelle ne pourrait résister, qui nous rapprocherait du sens mystique, à exploiter dans cette lecture analytique (II ?).

  1. Perte de la raison : le ravissement, ou l’indicible…
  1. … de la passion amoureuse
  • Sa passion pour Michael Richardson se lit en creux dans cet extrait :
  • 35-36 « l’amour qu’elle portait à M.R. »
  • « son extrême jeunesse » 25 est mentionné comme un facteur aidant à guérir, mais il peut être évalué comme l’exact contraire.
  • L’expression « une partie de sa raison retrouvée » (36-37) montre que ce chagrin d’amour lui avait fait perdre cette faculté
  • complexe d’infériorité, perte d’estime de soi entraînée par la rupture (exprimée par la voix passive : « elle avait été abandonnée »27) par rapport à sa rivale A-M Stretter et à son fiancé MR, surnommé par périphrase et de façon élogieuse « l’homme de T. Beach » 27)
  • Pour aller plus loin, on pourrait remarquer que la passion est à lier au registre tragique, d’une part,  et à la religion , d’autre part (voir l’expression « la passion du Christ »), ce qui peut faire faire un lien avec le sens mystique du substantif « ravissement » ; à la l. 1, on parle ainsi des « signes de souffrance » de lol, à lire comme des stigmates, des signes visibles.
  1. …de la maladie

La réaction de Lol après le départ de MR semble avoir consisté d’abord en un déni de réalité (« l’heure d’été trompait, il n’était pas tard » 2-3 ;  « omission de sa douleur durant le bal » 28), puis en une phase de crise (cris, colère § 3 et 4), et, enfin, d’abattement total.

Le vocabulaire reste vague et général (« souffrance sans sujet » 2), comme si l’état de Lol était indicible (pour elle voir II, mais aussi pour le narrateur) : on mentionne la « prostration (1, 22), la colère 5, la fatigue 7, l’ennui, 8, une forme d’aphasie, une « lassitude infinie » (mélancolie ?) 18, « sa grande peine », « son accablement » 22 son « délire » « infériorité passagère à ses propres yeux » (perte d’estime de soi) 26 ;  « omission de sa douleur«  (déni de réalité) 28, attitudes opposées qui semblent métamorphoser Lol.

  1.  Perte d’identité : le ravissement de soi-même 
  1. La colère

Haine de soi (5 « elle prononçait son nom avec colère)

  1. La tentation du néant
  • Difficulté à parler : « elle ne parla que pour dire qu’il lui était impossible d’exprimer » 14 ; noter la récurrence des tournures négatives (11, 16, « ne…que »  13 ;  » « ne…pas » 15, 17, 19, 21 …), des mentions du silence de Lol (« cessa de se plaindre » « cessa [….] de parler »12-13 ; « très silencieuse 29 ; « ne demanda jamais » 33 « ne posa aucune question »33)
  • Difficulté à penser : « elle ne comprenait pas pourquoi » 15 ; « elle ne comprenait pas la question » 17-18 ; « on aurait dit qu[e] […]  la lassitude infinie de ne pouvoir se déprendre de cela n’avait pas à être pensée »19
  • Difficulté à être : « c’était ennuyeux et long d’être Lol V. Stein 14 ; image du « désert » 19 soulignée par le verbe d’état (« elle était devenue un désert » 19)

  1. Perte de son histoire : la confiscation de son histoire par autrui 
  1. Euphémisation constante de la gravité de l’état de Lol
  • De multiples jugements extérieurs, présentés discrètement mais fréquemment par le recours au discours indirect libre, au jeu des incises  22-23 « disait-on », 1 « dit-on ») semblent  rassurants :
  • Nécessité de laisser passer le temps : « sa grande peine, seul le temps en aurait raison » 22-23
  • Certains termes connotent la présence de spécialistes (médecins ? psychologues ?) : « prostration 22 « ;
  • « délire premier » 23, qui sont susceptibles de porter un jugement (objectif, si c’est possible « explicable » 26  « parce que »26-27) sur son état : « on jugea nécessaire » 34 ; «  cette prostration […] fut jugée moins grave que son délire premier » 23 ; « fut jugé » 35.
  • Répétition de « on » (8 occurrences) fait penser que Lol est très observée (« on aurait dit que » 18), entourée ( plusieurs personnes parlent d’elle ; « dit-on » 1 ; « on ne savait pas » 21) et sollicitée pour sortir de sa torpeur ( 30 « on parle à ses côtés » ; 14/15 « on lui demandait de faire un effort » ; « distractions qu’on lui avait offertes »)
  • L’entourage semble se réjouir de signes qui pourraient être de faux-semblants (acquiescement à tout 31, ou indifférence à tout 35 ?)
  1. Le rôle du récit rétrospectif
  • L’aspect chronologique dans l’ordre duquel sont évoqués les événements a tendance à lisser les péripéties chaotiques traversées par la toute jeune femme. Les anaphores de « puis » (7,  12, 29) paraissent réduire la maladie de Lol à trois stades, alors qu’une lecture linéaire plus minutieuse en fait apparaître au moins quatre (idées fixes § 2 ; colères § 3 et 4 ;  dépression et accablement total §5 et 6 ; lente amélioration §8)
  • L’absence de repères temporels précis (pas de date ou de durée) empêche le lecteur d’évaluer la durée et la portée de cette rupture sur la vie de Lol dans cet extrait.
  • Le statut du narrateur, extérieur à cette intrigue, tend à minimiser,  peut-être, le réel état psychologique de Lol.

Autres problématiques envisageables … qui donneraient lieu à des plans différents, bien sûr :

Comment la souffrance de Lol s’exprime-t-elle dans cet extrait ?

Comment  la souffrance s’exprime –t-elle dans cet extrait ?

Quel sens donner ici à la notion de prostration ?

En quoi ce texte est-il polyphonique ?

Comment les différents discours permettent-ils de construire une interprétation de cet extrait ?

Quelle est la valeur de la parole dans ce passage ?

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