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Les ouvriers dans les sociétés européennes au XIXe siècle

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Par   •  17 Mars 2025  •  Compte rendu  •  5 453 Mots (22 Pages)  •  7 Vues

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                Histoire S2 — Chapitre 2

Chapitre 2 : Les ouvriers dans les sociétés européennes

I°) Mutation et croissance des classes ouvrières.

A) Classe ouvrière, classe urbaine ?

        Pour une première partie du XIXe siècle, jusqu’aux années 1880, les classes ouvrières ne sont pas évidemment urbaines. En effet, l’usine est très peu répandue, c’est l’exception du travail ouvrier. Lorsqu’il n’y a pas d’usines, il y a l’atelier, mais aussi le travail à domicile, qui peut se faire dans les campagnes. Par exemple, les tisserands rouannais n’ont pas d’usines mais ils livrent des balles de fils à tisser dans les villages aux ouvriers ayant des métiers à tisser. Les canuts lyonnais, dans les années 1860, sont 300 000, sur un rayon de 200 km autour de Lyon. Un canut lyonnais, ouvrier de la soie, travaille à son domicile, avec son métier à tisser, dans les années 1870. C’est un ouvrier de la classe ouvrière qui déconstruit les représentations que l’on a sur le monde ouvrier, il s’agit des sabotiers de Balleroy, transformant le bois en sabots. De surcroit, la mécanisation ne tue pas l’ouvrier, dans un premier temps. Par exemple, la machine à filer Arkwright, va ruiner le filage à domicile, on va cesser d’avoir de petits ateliers mais le travail à domicile change de forme. Le travail à domicile sera le travail de tissage et non plus le filage, on a ainsi un changement de nature du travail à domicile. Tout cela veut dire que majoritairement jusque dans les années 1880 et la seconde industrialisation, la vieille opposition entre les ouvriers internes, logés sur place, formant la main d’œuvre permanente dans les grands ateliers, et les ouvriers externes, des paysans habitant dans les villages environnants, reste applicable au monde ouvrier de ce XIXe siècle. 

Les progrès des transports, dans un premier temps, n’aboutissent pas forcément à une concentration des unités de travail. Les entreprises préfèrent déplacer le travail vers les ouvriers travaillant à domicile que dans une usine, où le regroupement de 200 ouvriers est potentiellement explosif. De la Restauration au Second Empire, le travail industriel, ne suffit pas dans de très nombreux secteurs, pour vivre toute l’année. C’est pourquoi on a cette assimilation à cette époque des classes ouvrières aux classes dangereuses. À Paris au milieu du XIXe siècle, les tailleurs sont inactifs environ 6 mois par an. De cela découle pour la majorité des ouvriers un frein majeur à la concentration du travail et l’usine moderne : la pluriactivité est une nécessité. Un ouvrier n’est pas qu’ouvrier. On doit ajouter à cela des solidarités familiales, la complémentarité du travail de l’homme et de la femme, et faire travailler les enfants le plus tôt possible. Par exemple, l’Aube, était un des principaux départements du textile grâce à la bonneterie. En 1848, on dénombre 40 000 travailleurs dans la bonneterie. Sur ces 40 000 travailleurs, 34 000 faisaient une autre activité. On retrouve cela y compris dans les mines. Près d’Albi, dans le Tarn, la majorité des mineurs continuaient à cultiver un champ, tourné vers une agriculture vivrière. Si l’on prend la répartition selon le type d‘activité en 1866, le textile représente à lui seul un peu plus de la moitié des emplois des ouvriers. Or, le textile est dans cette époque l’activité qui se fait le plus à domicile et dans les petits ateliers. Derrière, on a le secteur du bâtiment, celle des métaux, celle du bois, tout cela est possible à domicile, comme le forgeron, alors que la chimie ne représente que 1% des emplois ouvriers. L’usine, jusque dans les années 1860, est rare au XIXe siècle. Lorsqu’on en voit, ce sont des manufactures d’État ou de services parapublics, des chantiers navals, des usines de tabac à Toulouse et Dijon, ou des activités portuaires comme à Brest et à Toulon. À Paris se [pic 1]construit petit à petit une forme d’interdépendance entre une activité d’atelier qui existe, qui pousse les ateliers à travailler en complémentarité, avec une organisation en ilots indépendants. Cela contribue à relativement éloigner le maître de l’ouvrier. Les premières grèves des années 1840 se font contre des salaires trop faibles ou non payés. Les maitres artisans se contentent alors d’obtenir la répression de la police. De tout cela il faut donc, sauf en Angleterre, déconstruire l’image d’un exode rural massif du fait de l’industrialisation au XIXe siècle, qui aurait poussé des centaines de milliers d’ouvriers à fuir la campagne. C’est plutôt la crise démographique et non l’industrialisation qui amène les gens vers les villes.

  • En France on passe de 1850 à 1911 de 53 à 42% dans le primaire, dans l’agriculture et de 24 à 31% dans le secondaire. C’est parce que l’on meurt moins quand l’on est enfant et que la terre ne nourrit plus que l’on part à la ville.
  • Dans le même temps au Royaume-Uni on passe respectivement de 25 à 11% et de 46 à 55%.
  • Jusque dans les années 1880 en France les migrations sont souvent temporaires (saisonnières), on ne s’installe pas définitivement.
  • L’exemple des maçons de la Creuse est très représentatif : du printemps à l’automne à Paris où ils travaillent dans le bâtiment, et l’hiver au village. Ils sont 24 000 en 1830, 42 000 en 1876 (haussmannisation) puis leur nombre diminue. Ils ont disparu en 1914. Les migrations définitives (en deux temps le plus souvent) se sont alors imposées. C’est le peuple des garnis, des hôtels avec des chambres qui étaient des taudis, avec une grande précarité où l’on logeait les ouvriers à 6-7 par chambre. Les ouvriers venaient à pied du village ou du canton, et la solidarité qui s’en trouvait créée pouvait prendre largement le dessus sur une solidarité de classe.

B) Du compagnon au prolétaire.

        L’idée que l’on passe rapidement du moindre de l’atelier à celui de l’usine est à déconstruire. L’industrialisation et le textile se développent lentement, en mettant des machines à filer et à tisser chez les paysans. L’ouvrier de métier reste profondément différent de l’ouvrier de l’usine tel qu’on l’imagine.

En 1866 en France, on dénombre 2,8 millions d’ouvriers pour 1,3 million de « patrons », des propriétaires de petits ateliers. On a donc un peu plus d’un patron pour deux ouvriers, c’est de l’artisanat. On est loin de l’image du grand patronat. Même si le maître d’atelier peut rentrer en conflit avec son ouvrier, il est plus proche de son ouvrier que Schneider. Cet ouvrier de l’atelier veut préserver une forme d’autonomie professionnelle. Il détient un métier nécessitant un savoir-faire qu’il défend comme un bien précieux. On a deux catégories :

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